Pour une entreprise qui utilise déjà des assistants IA, des outils génératifs ou des systèmes intégrant de l'intelligence artificielle, la question n'est plus seulement de savoir quels usages autoriser. Elle doit aussi déterminer quelles compétences donner aux personnes qui utilisent ces systèmes pour son compte.
L'article 4 du règlement européen sur l'intelligence artificielle - l'AI Act - impose en effet aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d'IA de prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l’IA de leur personnel et des autres personnes concernées. Cette obligation s’applique depuis le 2 février 2025. Depuis le 3 août 2026, les règles de surveillance et d’exécution correspondantes sont également applicables selon la Commission européenne.
Le cadre a toutefois évolué en juillet 2026. Le règlement (UE) 2026/1744, dit « Digital Omnibus on AI », a modifié l’article 4 : les organisations restent tenues d’agir, mais le texte ne leur demande plus de garantir un niveau individuel déterminé ou standardisé de maîtrise de l’IA.
Pour les dirigeants, DRH, responsables formation et responsables de la transformation numérique, l’enjeu consiste donc à construire une démarche proportionnée aux usages réels de l’organisation.
Réponse rapide
Depuis le 2 février 2025, les fournisseurs et déployeurs de systèmes d’IA doivent prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l’IA des personnes qui utilisent ou exploitent ces systèmes pour leur compte.
L’AI Act ne prescrit pas une formation unique, une durée minimale ou un niveau de compétence identique pour tous. Les mesures doivent notamment tenir compte des connaissances, de l’expérience, de la formation des personnes, du contexte d’utilisation et des publics concernés. Depuis le 3 août 2026, les règles de surveillance et d’exécution s’appliquent.
| Repère | Situation au 1er septembre 2026 | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| Article 4 de l’AI Act | Applicable depuis le 2 février 2025 | Les organisations concernées doivent agir sur la maîtrise de l’IA |
| Modification de juillet 2026 | L’obligation demeure, sans niveau individuel standardisé à garantir | La démarche doit être adaptée aux usages et aux personnes |
| Surveillance et exécution | Applicables depuis le 3 août 2026 selon la Commission | La maîtrise de l’IA devient un véritable sujet de gouvernance |
| Formation obligatoire unique | Non prévue par l’article 4 | Une organisation doit construire une réponse proportionnée |
| Certification obligatoire de chaque utilisateur | Non prévue par l’article 4 | Formation et preuve de certification ne doivent pas être confondues |
Le contexte : l’IA est devenue un sujet de compétences autant que de technologie
Dans beaucoup d’organisations, l’adoption de l’intelligence artificielle a commencé par les outils : assistants génératifs, fonctions d’IA intégrées aux logiciels bureautiques, automatisation, traitement de données ou génération de contenus.
Le cadre européen oblige désormais les entreprises à regarder également le facteur humain.
L’article 4 du règlement (UE) 2024/1689 porte spécifiquement sur la « maîtrise de l’IA ». Dans sa version actuellement consolidée, il demande aux fournisseurs et déployeurs de prendre des mesures favorisant cette maîtrise chez leur personnel et chez les autres personnes qui utilisent ou exploitent les systèmes d’IA pour leur compte.
Cette évolution rejoint un enjeu déjà identifié dans la stratégie compétences : déployer un outil sans préparer les utilisateurs crée un écart entre la technologie disponible et les pratiques réelles. Eduform’Action aborde cette question dans sa ressource consacrée à la stratégie compétences face aux transitions.
Qu’est-ce que la « maîtrise de l’IA » au sens de l’AI Act ?
Il ne faut pas réduire la maîtrise de l’IA à la capacité de rédiger de bons prompts.
La logique réglementaire est plus large. Elle porte sur les compétences, connaissances et compréhension nécessaires pour utiliser les systèmes d’IA de manière éclairée, en tenant compte du contexte dans lequel ils sont employés.
La Commission européenne recommande notamment de se demander :
-
quels systèmes d’IA sont utilisés dans l’organisation ;
-
si l’organisation est fournisseur ou déployeur de ces systèmes ;
-
quels risques sont associés aux usages concernés ;
-
ce que chaque population doit connaître compte tenu de ses fonctions ;
-
comment adapter les actions aux connaissances et à l’expérience des personnes.
Le besoin d’un collaborateur utilisant ponctuellement un assistant rédactionnel ne sera donc pas nécessairement identique à celui d’un manager prenant des décisions à partir de résultats produits par un système d’IA, d’une équipe métier intégrant l’IA dans un processus sensible ou d’une équipe technique développant un système.
Pourquoi cette obligation compte pour les entreprises
Le premier enjeu est réglementaire : l’article 4 constitue une disposition directement applicable du règlement européen.
Mais le sujet dépasse la conformité documentaire.
Une mauvaise compréhension d’un outil d’IA peut conduire à des usages inadaptés : confiance excessive dans une réponse générée, mauvaise appréciation des limites d’un système, utilisation de données dans un contexte non prévu ou incapacité à identifier les situations nécessitant une vérification humaine.
La Commission demande donc une approche contextualisée.
| Population | Question à traiter | Réponse de formation possible |
|---|---|---|
| Utilisateurs occasionnels | Comprennent-ils ce que fait réellement l’outil ? | Acculturation aux principes, limites et usages |
| Équipes métiers | Savent-elles évaluer un résultat produit par l’IA ? | Formation contextualisée aux usages professionnels |
| Managers | Savent-ils encadrer les usages de leur équipe ? | Gouvernance, responsabilités, risques et bonnes pratiques |
| Équipes projet | Comprennent-elles les implications du déploiement ? | Approche plus approfondie liée au système utilisé |
| Fonctions sensibles | Les usages et risques spécifiques sont-ils identifiés ? | Parcours adapté au contexte et aux impacts possibles |
Ce tableau ne constitue pas une grille réglementaire imposée par l’Union européenne. Il s’agit d’une méthode de traduction opérationnelle de l’approche proportionnée prévue par l’article 4.
Ce que prévoit précisément le cadre réglementaire en 2026
Le règlement (UE) 2024/1689 est entré en vigueur en 2024 et connaît une application progressive. Son article 113 avait prévu l’application des chapitres I et II, dont l’article 4, à compter du 2 février 2025.
Le texte a ensuite été modifié par le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, publié au Journal officiel de l’Union européenne le 24 juillet 2026. Le nouvel article 4 demande aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d’IA de prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l’IA, en tenant compte notamment :
-
des connaissances techniques ;
-
de l’expérience ;
-
de l’éducation et de la formation ;
-
du contexte d’utilisation des systèmes ;
-
des personnes ou groupes de personnes à l’égard desquels ces systèmes sont utilisés.
Le changement est important : l’obligation de développer la maîtrise de l’IA demeure, mais le nouveau texte ne fixe pas un niveau individuel uniforme à atteindre.
La Commission précise également qu’il n’existe pas d’obligation générale de mesurer formellement le niveau de connaissance de chaque salarié.
Les principales dates à retenir
| Date | Évolution | Portée |
|---|---|---|
| 2 février 2025 | Application de l’article 4 | Début de l’obligation de maîtrise de l’IA |
| 8 juillet 2026 | Adoption du règlement (UE) 2026/1744 | Modification du dispositif |
| 24 juillet 2026 | Publication du règlement 2026/1744 au JOUE | Nouveau cadre officiel publié |
| 3 août 2026 | Début des règles de surveillance et d’exécution selon la Commission | Renforcement de l’enjeu opérationnel |
| 1er septembre 2026 | Date de mise à jour de cet article | Cadre présenté selon les sources officielles disponibles |
Faut-il obligatoirement former tous les salariés à l’IA ?
Le règlement ne dit pas que toutes les personnes d’une entreprise doivent suivre exactement le même programme.
Le périmètre dépend de l’utilisation des systèmes d’IA.
Une organisation qui déploie des outils auprès de plusieurs équipes doit identifier les personnes qui utilisent ou exploitent ces systèmes pour son compte et déterminer les connaissances nécessaires selon leurs fonctions.
Une formation générale peut constituer une première étape, mais elle ne dispense pas d’examiner les usages particuliers.
La Commission indique d’ailleurs que les actions doivent être bâties à partir d’une compréhension de l’IA dans l’organisation, du rôle de l’entreprise, des risques des systèmes et des différences de connaissances entre les personnes.
Bonnes pratiques : comment structurer une démarche de maîtrise de l’IA
Pour un responsable formation ou une direction RH, une démarche cohérente peut être organisée en cinq étapes.
1. Recenser les usages réellement déployés
Avant de commander une formation générale « à l’IA », il faut identifier les outils et les usages : génération de contenus, analyse, assistance métier, automatisation, relation client ou autres systèmes.
2. Identifier les populations exposées
La segmentation peut se faire par métier, rôle ou niveau de responsabilité.
La Commission insiste précisément sur les différences de connaissances techniques, d’expérience, d’éducation et de formation.
3. Relier les compétences aux risques et aux usages
L’objectif n’est pas de rendre tous les salariés experts en intelligence artificielle. Il est de donner à chacun les connaissances nécessaires pour comprendre les systèmes avec lesquels il travaille et agir avec discernement.
4. Organiser des actions proportionnées
Une sensibilisation générale peut être complétée par des formations destinées aux managers ou à certaines équipes métiers. Les contenus doivent être définis à partir de la réalité de l’organisation, et non à partir d’un programme supposé universel.
5. Conserver une logique de pilotage
L’AI Act n’impose pas, au titre de l’article 4, un examen standardisé ou un certificat universel. Pour autant, une organisation a intérêt à pouvoir expliquer la démarche suivie : populations identifiées, besoins, actions engagées et actualisation prévue.
Cette approche peut être intégrée au plan de développement des compétences 2026 et plus largement à la politique de transformation numérique de l’entreprise. L’article est également complémentaire de la ressource Eduform’Action consacrée à l’IA générative dans la formation professionnelle.
Les erreurs fréquentes à éviter
Former tout le monde de la même façon. L’article 4 repose précisément sur la prise en compte des connaissances, de l’expérience et du contexte.
Confondre maîtrise de l’IA et maîtrise d’un logiciel. Savoir utiliser une interface ne signifie pas nécessairement comprendre les limites ou les risques du système.
Présenter une formation comme une garantie de conformité. Une action de formation contribue au développement des compétences. Elle ne constitue pas, à elle seule, une garantie générale de conformité à l’AI Act.
Attendre une formation officielle unique imposée par Bruxelles. La Commission décrit une logique adaptée aux situations, pas un programme universel obligatoire.
Oublier les managers. Ils peuvent devoir arbitrer des usages, encadrer les pratiques ou organiser la vérification humaine. Le besoin de compétence peut donc différer de celui des utilisateurs opérationnels.
La méthode Eduform’Action : partir des usages avant de choisir une formation
Pour un projet de montée en compétences IA, la logique la plus robuste consiste à partir de l’activité réelle.
Eduform’Action structure ses expertises autour de quatre pôles, dont le pôle Digital & Tech. Le groupe joue ici un rôle d’orientation : une formation précise doit être attribuée à l’entité qui la porte, et non au groupe lui-même.
La démarche peut être structurée ainsi :
| Étape | Question | Décision recherchée |
|---|---|---|
| Cartographie | Quels systèmes d’IA sont utilisés ? | Définir le périmètre |
| Segmentation | Qui utilise quoi et dans quel contexte ? | Identifier les populations |
| Analyse | Quels savoirs et risques sont pertinents ? | Définir les besoins |
| Formation | Quel niveau de contenu pour chaque public ? | Construire des parcours adaptés |
| Actualisation | Les outils ou usages ont-ils évolué ? | Maintenir les compétences |
Pôle, filiale et compétences concernées
Au sein du groupe Eduform’Action, les besoins de formation liés à l’intelligence artificielle relèvent du pôle Digital & Tech.
L’expertise correspondante est portée par INNOV8LEARN, dont les thématiques vérifiées comprennent l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la RSE et la communication digitale. Le référentiel Eduform’Action identifie également des modalités inter-entreprises, intra-entreprise et des parcours progressifs selon les niveaux et les besoins.
Découvrir INNOV8LEARN et ses formations en intelligence artificielle. Le programme précis, sa durée et ses modalités doivent être vérifiés pour la formation retenue ; ils ne peuvent pas être déduits de l’obligation réglementaire.
Pour une vue plus large des possibilités de formation, les entreprises peuvent également consulter le catalogue de formations Eduform’Action et les ressources Eduform’Action. Les URL utilisées ici figurent dans le référentiel vérifié du site.
Méthodologie
Cet article a été mis à jour le 1er septembre 2026.
Les faits réglementaires ont été vérifiés à partir :
-
du texte consolidé du règlement (UE) 2024/1689 sur EUR-Lex ;
-
du règlement (UE) 2026/1744 modifiant l’AI Act ;
-
des questions-réponses officielles de la Commission européenne consacrées à la maîtrise de l’IA.
Les informations relatives à Eduform’Action et INNOV8LEARN proviennent des référentiels officiels du groupe et des sites publiés. La bibliothèque de sources Eduform’Action impose de vérifier les réglementations IA auprès des autorités compétentes et de ne pas utiliser une source commerciale pour créer une obligation réglementaire.
Limites
Cet article fournit une information générale sur la formation professionnelle et le développement des compétences.
Il ne constitue pas un avis juridique ni un audit de conformité à l’AI Act. L’application précise du règlement dépend notamment du rôle de l’organisation, des systèmes concernés, de leur utilisation et des autres dispositions éventuellement applicables.
Une formation contribue au développement de la maîtrise de l’IA, mais ne garantit pas à elle seule la conformité globale d’une organisation.
Sources officielles
FAQ
La formation à l’IA est-elle obligatoire pour toutes les entreprises ?
L’article 4 vise les fournisseurs et les déployeurs de systèmes d’IA et les personnes qui utilisent ou exploitent ces systèmes pour leur compte. Il ne crée pas un stage identique obligatoire pour chaque salarié de chaque entreprise. Les mesures doivent être adaptées aux systèmes utilisés, aux personnes concernées et au contexte.
Depuis quand l’obligation de maîtrise de l’IA s’applique-t-elle ?
L’article 4 est applicable depuis le 2 février 2025. La Commission européenne indique que les règles de surveillance et d’exécution s’appliquent depuis le 3 août 2026. Une entreprise utilisant des systèmes d’IA ne doit donc plus traiter la montée en compétences comme une simple préparation à une échéance future.
L’AI Act impose-t-il un nombre d’heures de formation ?
Non. L’article 4 ne fixe pas de durée minimale universelle. Après la modification de juillet 2026, le texte impose de prendre des mesures favorisant le développement de la maîtrise de l’IA, adaptées notamment aux connaissances, à l’expérience, à la formation et au contexte d’utilisation.
Faut-il tester le niveau d’IA de chaque salarié ?
La Commission indique que l’article 4 n’instaure pas une obligation générale de mesurer les connaissances en IA de chaque employé. Cela n’empêche pas une organisation d’évaluer ses besoins pour construire son plan de compétences ; il faut simplement distinguer une bonne pratique de pilotage d’une obligation expressément prévue par le règlement.
Une formation IA suffit-elle pour être conforme à l’AI Act ?
Non. Une formation peut contribuer à répondre à l’exigence de maîtrise de l’IA, mais elle ne constitue pas à elle seule une garantie de conformité à l’ensemble du règlement. D’autres obligations peuvent s’appliquer selon le rôle de l’entreprise, le système d’IA, son niveau de risque et son utilisation.
Conclusion : passer de l’acculturation à une politique de compétences IA
En septembre 2026, la question n’est plus de savoir si la maîtrise de l’intelligence artificielle mérite d’être intégrée aux plans de compétences.
Pour les organisations concernées par l’article 4, elle relève désormais d’une obligation réglementaire applicable.
Le bon réflexe n’est cependant pas de former indistinctement tous les collaborateurs au même programme. Il consiste à identifier les systèmes utilisés, les populations concernées, les risques et les compétences nécessaires, puis à construire des actions proportionnées.
Pour structurer cette démarche, Eduform’Action peut orienter les entreprises vers le pôle Digital & Tech et, pour les besoins liés à l’intelligence artificielle, vers INNOV8LEARN, en fonction du public, du niveau de maturité et des usages professionnels à développer.










